Polichinelle retrouvé chez lui

décembre 1993 publié dans :
Polichinelle retrouvé chez lui
Polichinelle retrouvé chez lui est une performance pour un seul acteur écrite en 1993. Représentée à Paris la même année dans sa traduction française, elle a été reprise dans sa version originale dans l’exposition La Ricchezza à l’Académie des Beaux-Arts de Brera à Milan en 1994.



Pourquoi Polichinelle ?

Polichinelle est arrogant. Polichinelle est un masque et comme tel il peut dire la vérité. Il peut s’introduire dans des mondes qui nous sont fermés, il peut pêcher dans les profondeurs, pêcher dans les eaux troubles où se réfugient les sens. Polichinelle est le masque qui provoque la terreur à travers ce qu’il ne dit pas. Polichinelle est comique parce qu’il est terrible. Il est le masque noir posé sur un homme candide et blanc ; il est un pied de nez fait à la mort, il est la caricature du corps sans défense qui en mangeant sans répit veut combattre la destruction.
Polichinelle a une bosse, il a un ventre énorme, Polichinelle a le cerveau dans le ventre. Son centre est dans ses fonctions corporelles, et sa vérité est toute faite d’humeurs et d’instinct. Polichinelle n’a pas de perspective, Polichinelle regarde le monde en face. Il le regarde et dit la vérité. Polichinelle est vrai.

Dans Polichinelle retrouvé chez lui il n’y a plus d’œuvre. De l’œuvre il ne reste que la voix et celle-ci dit ce que ne pourrait dire aucun auteur. Elle exprime tout ce qui vient de l’œuvre elle-même, sans permettre au spectateur aucune intrusion.
Polichinelle retrouvé chez lui n’a plus de forme, il ne connaît aucun langage. Polichinelle dit brutalement la vérité, il fait violence au contenu, il le jette dehors sans aucun ménagement.
La voix de l’œuvre parle sans retenue et montre le côté terrible du contenu, sa nécessité, son manque. Polichinelle va dormir avec la mort parce qu’il appartient au monde des démons et il sait que nous reviendrons toujours le chercher. Nous ne pourrons jamais renoncer à cette force obscure qui est en nous, à cette terreur qui fait que nous nous sentons vivants. Nous ne pourrons jamais renoncer à ce que nous appelons le contenu et dont nous sommes toujours en quête à travers les œuvres du monde, à travers les œuvres d’art.

On ne peut pas demander à un acteur de réciter Polichinelle. Je m’en suis rendu compte à mes dépens. La tradition qui veut qu’on “naisse” Polichinelle est absolument vraie.
La seconde édition de Polichinelle dans sa version originale en italien a été faite (Polichinelle peut seulement se faire) par Giovanna Luè.
On ne peut pas réciter la vérité, la vérité est seulement vraie et il faut la sentir. Il est donc illusoire d’écrire un texte pour Polichinelle. Pour Polichinelle on écrit des canevas, parce que celui qui interprète Polichinelle ou, comme on dit, celui qui sera possédé par Polichinelle, doit d’abord intérioriser le contenu avant de le rejeter hors de lui.
Polichinelle a une tradition. Il n’est pas possible de réactiver ce masque sans replacer autrement toute la tradition qui l’habite. Polichinelle est né d’un œuf, dit-on à Naples, pour bien montrer cette supériorité qui est en même temps divine et terrestre. Par conséquent la tradition terrestre doit-elle aussi être maintenue.
Polichinelle a beaucoup fréquenté l’art. Un de ses plus grands adeptes a été Gian Domenico Tiepolo. Une longue série de ses eaux-fortes illustre toute la tradition et la vie de Polichinelle, la distance qu’il a par rapport aux hommes, son arrogance face aux pouvoirs dominants ; et aussi ses morts, ses défaites, et naturellement encore ses renaissances à répétition. Je me suis référé à cette source.

Ce n’est pas le lieu de reproduire ici le canevas de la performance dans son intégralité. Il suffit de reproduire certaines phrases qui ont été résumées dans la vidéo qui en présente les thèmes principaux. Il est bien plus important en effet d’imaginer le canevas au travers d’un Polichinelle qui, en napolitain et d’une voix sonore, vocifère à l’adresse des spectateurs, s’interrompt, se répète. Polichinelle est un masque de rue qui ne supporte pas l’obscurité des théâtres. On rencontre Polichinelle, on ne va pas l’écouter au théâtre.
Cette œuvre sans œuvre a été imaginée comme un mécanisme qui arrête le spectateur et le retient sur place. Le public arrive vers l’heure de l’inauguration et il remarque qu’il y a quelqu’un qui dort dans un curieux habitacle. Quand le public est nombreux, Polichinelle s’éveille et se met à retenir les spectateurs en empêchant quiconque de quitter la salle. Giovanna Luè, possédée par Polichinelle, est parvenue à retenir l’ensemble du public pendant pratiquement une heure et demie, l’obligeant à écouter le texte jusqu’au bout. La réaction du public a été la haine : il aurait voulu faire descendre Polichinelle de son habitacle pour le rouer de coups.
Il n’existe pas de “répliques” de Polichinelle. Polichinelle ne peut pas se répéter, il ne serait plus vrai. Giovanna Luè a été possédée une seule fois par Polichinelle.11
Il s’est écoulé sept ans depuis que Polichinelle a essayé de dire quelques vérités à son public. Je savais bien entendu que cette tentative ne pouvait manquer de susciter la haine chez celui-ci. Dans le milieu culturel, l’atmosphère de cette période était lourde, tout le monde était comme “sonné” par la crise de l’économie et de la culture qui, comme on pouvait le prévoir, fracassait tout, anéantissant toute règle constituée.Je pense aujourd’hui que ce Polichinelle a dit au fond davantage de vérités à son auteur (si l’on peut parler d’auteur quand on a affaire à un masque de ce genre !), qu’à ce public qui n’avait aucune intention d’écouter, mais qui, le visage fermé et rigide comme on ne l’a plus vu depuis, opposait la force de la haine à quelque tentative que ce soit pour ouvrir de nouvelles voies.
L’absence totale de toute forme dans Polichinelle retrouvé chez lui a été le commencement d’une nouvelle direction qui a permis à l’auteur d’abandonner les stéréotypes des années 80 pour pouvoir en penser d’autres par la suite.La bosse et le ventre protubérant de ce masque trouble et malgré tout candide ont produit, avec le pied de nez libérateur qu’était cette performance, l’énergie directrice de la construction.





Polichinelle retrouvé chez lui (extraits)22
La vidéo de cette performance a été faite pour être réalisée dans une autre œuvre autour de Polichinelle, Autoportrait en Idiot 1994, Iago Gallery. Cette vidéo se base sur des extraits de la performance dont le texte suit. Sur ces images deux marionnettes de Polichinelle réinterprètent les gestes de la comédienne en les mimant ou en faisant le contraire. Les titres et les textes entre guillemets correspondent à des césures qui s’intercalent entre les scènes comme dans un film muet.



Polichinelle a toujours fait le tour du monde parce qu’il a besoin de tout savoir pour connaître les hommes.
Mais depuis que les hommes se sont eux aussi mis en tête de faire le tour du monde comme des fous, de s’occuper du monde entier au lieu de veiller à leurs affaires, depuis ce moment-là il s’est vidé, plus rien.
Polichinelle a donc décidé de rester chez lui parce que, comme il nous l’a confié, pour connaître la vie il faut rester chez soi !

Toutefois la maison de Polichinelle est bien étroite, étroite et peuplée de bien trop de présences. Des présences antiques, des mythes que les hommes ont déchargés chez lui parce qu’ils ne savent plus quoi en faire.

Le pauvre Polichinelle s’efforce en vain de revendre ces présences aux hommes parce que - c’est ce qu’il dit - elles sont nécessaires. Malgré tout, ça ne semble pas trop les intéresser :



Comme ça, vous m’avez retrouvé ?! Champions ! Vous méritez les applaudissements. Je vous applaudis, ce n’est pas vous qui applaudissez mais moi ! Vous les intellectuels ! Ça vous fait peur ? Parce que c’est une question ? Vous êtes bien des intellectuels ? Non ?
Mon Dieu, quel sérieux ! Et toi tu es un intellectuel ! Quel mot, intellectuel ! Laisse-moi m’en gargariser la bouche : intellectuel…

[…]
Je suis passé en vitesse à Londres, pour faire entrer quelque chose dans ces caboches. Quelles caboches, vraiment, vraiment… On fait pas pire !
Mais vous m’avez pris pour un crétin ! Est-ce que nous allons nous mettre tous à tourner comme des fous furieux autour du monde ? C’est ça que nous voulons ? C’est une autre question : c’est ça que nous voulons ?
Erreur ! Allez-y, vous, faire le tour du monde, allez-y !
Vous êtes entrés ? Et bien sortez maintenant ! Allez, allez-y vous de par le monde, sortez ! Regardez-moi celui-ci, il reste planté ici ! Sors ! Va dans le monde ! Désormais, Mesdames et Messieurs, tout est égal partout. Au lieu de s’occuper de leurs affaires, les hommes s’occupent à regarder l’univers entier. Ils sont tous là, Mesdames Messieurs, tous là ! À regarder ce vide…

[…]

Non, non, non ! Vous ne croyez rien de ce qu’il disait ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Bah ! Parce que moi aussi je dis la vérité, mais que la vérité des mots malheureusement, non pas la vérité vraie. La vérité des mots, Mesdames, Messieurs, c’est toujours une vérité à demi. Celle qui est à la frontière du mot. Celle qui plaît tellement au jeu de vos intelligences : celle qui fait que derrière une chose il y en a une autre, et derrière cette autre, une autre encore, et derrière encore cette autre, une autre encore et encore, et derrière cette autre-là, une autre encore, encore et toujours, et derrière, encore une autre et une autre ! Ah, quel beau jeu que le jeu de vos intelligences !



“Je dis…”
“Vous…”
“Ce n’est pas faute que de temps en temps un regard un tant soit peu coupant…”

LE SERPENT ET L’AIGLE (fidèles compagnons de Zarathoustra)

Parce que ceux-ci, Mesdames et Messieurs, ceux-ci ne s’en vont pas. Et sans cesse ils scrutent tout le temps l’abîme. Ils regardent sans bouger au tréfonds de toute chose !
Et ils n’ont même pas besoin de manger ou de boire ou de faire toutes ces choses humaines. Ils scrutent sans y manquer jamais, et sans honte. Vous, Mesdames et Messieurs, vous aussi, n’avez vous pas besoin d’un regard tranchant ? Laissez-moi vous regarder tous ; rien du tout !



“Écoutez…”
“il n’y en a pas un pour vouloir éprouver ce monde jusque dans ses viscères ?…”

LES MUSES (les Neuf Inspiratrices).

J’étire mon dos, je débranche tout et petit à petit je m’endors, je sombre dans le monde des rêves. Je glisse, je glisse… et je m’endors… Pan ! Les voici ! Elles se sont réveillées ! Parce que quand ils me traînent vers le bas, en plein tourbillon, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? Voilà la première qui arrive et qu’est-ce qu’elle me fait faire ? Il faut que je chante, Mesdames Messieurs ! Ça ne me vient pas du tout mais il faut que je chante !
Et puis en arrive une autre, et que faut-il que je fasse ? Il faut que je danse.
Puis en vient une autre, comme si ça ne suffisait pas ! Et que dois-je faire ? Hein ? Que dois-je faire ? Écrire ? Eh oui, oui, j’écris, j’écris. J’en écris des feuilles, bon Dieu, j’en écris.
Mais ça ne suffit pas ! Et voici la quatrième. Et que veut-elle, la quatrième ? Il faut que je peigne. C’est bon, va pour peindre. Je peins ? En faut-il un, non ? Deux ? Bon, d’accord, deux.
Mesdames et Messieurs, et elles que font-elles ? Vous vous l’êtes demandé ? Ces toutes belles restent là, elles rient, elles se divertissent. Ah, pour se divertir, on peut dire qu’elles se donnent du bon temps ! Et puis à la fin, quand moi je suis vidé, épuisé, elles me font des caresses. Mon Dieu, comme elles me caressent ! Et elles les glissent, comme ça vers le bas, leurs caresses et ça va dans un sens et dans l’autre, de haut en bas, de bas en haut… Eh oui, elles me font éprouver la force de la merveille du monde entier qui s’écrase… Où s’écrase-t-elle cette marée ? C’est une vraie force, hé !… Elle gonfle, elle arrive, l’onde ! Elle s’écrase, cette merveille… Elle se brise sur mon pauvre corps !





EURALIE, la première Furie (les peurs du corps, de la sexualité)

“…le sens de la faute…”
“…beau, fort, sonore…”

De loin elle flaire les fautes. Et pour vous qui êtes arrivés en retard, je vous signale que je parlais d’Euralie, une Furie. Elle flaire de loin les fautes. Mesdames et Messieurs, oui, les fautes.
Si elle décide que vous êtes précisément dans ce cas, que vous fait-elle faire ? Hé, elle vous fait patauger dans le sentiment de la faute, Mesdames et Messieurs ! Elle vous fait tout faire ! Mon Dieu, vraiment tout, tout, tout, pour que vous ressentiez ce sentiment de faute, qu’il soit fort, grand, gigantesque ! Hé, ne l’agitons pas trop, Mesdames et Messieurs, sinon ça va faire un carnage ici.



STENO la seconde Furie (les peurs de la vie sociale)

“ …chier, chier sur la tête de tout le monde…”
“(la vie en société)”

Alors, Mesdames, Messieurs, je serai précis, vraiment très simple. Chacun est né comme il est né !

[…]

Et moi je suis furieux, et où est-ce que je vais ? Mais qui suis-je ? je veux arriver là ! Et alors qu’est-ce que je fais ? Je chie ! je chie, moi, sur la tête de tout le monde ! je chie Parce que je veux arriver là.
Et voilà notre seconde sœur, la Furie Steno !



MEDUSE la troisième Furie (les peurs de l’esprit)

“…le spirituel…”
“…ou le désert…”

Ce n’est pas seulement pénible, Mesdames et Messieurs, c’est désert à faire peur. Il n’y a rien, rien.
Plus bas encore il n’y a rien. Et celle-là, notre pauvre victime, elle sait que c’est pénible, que c’est désert et elle est seule. Mais elle n’est pas simplement seule, ce qui n’est pas trop grave, elle est absolument responsable, et il m’est pénible de le dire, elle est absolument responsable de ce qu’elle fait et dit !

[…]

Et à soixante ans, qu’est-ce que tu fais ? Tu te retournes en arrière !
C’est là que notre sœur Méduse, la Furie, te joue un tour. Elle te berne et qu’est-ce qui te reste ?
Soixante ans, tu es à bon port, qu’est-ce que tu fais ? Eh bien, le suicide intellectuel ! Il te reste une monomanie absolue !

[…]

Non ! Je ne suis pas d’accord, Mesdames et Messieurs, je ne suis pas d’accord !
Non, pas du tout ! J’habite ici ! Vous m’avez vu.
Bas les masques ! Bas les masques ! Vous êtes tous de faux Polichinelles, moi seul je suis le vrai ! Vous, vous voulez me tuer, vous voulez me tuer ! Si, vous voulez me tuer, comme l’autre fois, peloton d’exécution !
Pire encore, vous êtes encore plus cruels ! Vous voulez m’engoncer de force dans mon masque ! Me comprimer ! Me styliser ! C’est vraiment ce qu’il y a de pire quand quelqu’un est le symbole de lui-même ! Non ! Je ne suis pas d’accord ! Je vais vous attaquer à coups de massue ! À coups de massue ! Cette vérité nue, crue, qui vous fait si peur, je vais vous la lancer aux quatre vents ! Oui, c’est comme ça que les dieux de l’Olympe se fâchent ! Et puis ils font pim pom ! Une belle petite catastrophe de fin de siècle nous convient parfaitement, une belle catastrophe.

Polichinelle disparaît, sa voix est amplifiée :

Je suis Polichinelle et vous êtes les hommes.
Il se trouve qu’il y a des hommes qui habitent cette ville. Des hommes que le hasard a fait venir au monde. Ils sont devenus adultes et ils habitent cette ville. Toute une série de maisons qui n’ont pas de sens. Mais si, Mesdames et Messieurs, elles n’ont pas de sens. À moins que… Et même pour ceux qui s’en vont !
À moins que chaque hasard particulier, chaque être humain particulier n’ait de sens pour lui-même. À moins que chaque individu particulier, avec ses yeux fixes, avec le regard de son intelligence, ne parvienne à être acéré et ne réussisse à disséquer le monde et à donner du sens aux choses qui sont en dehors de lui.
Mais c’est simple, c’est pour ça que je suis Polichinelle et que vous êtes les hommes.
Et c’est pour cela que je suis différent de vous.
C’est vous qui venez me voir, c’est vous qui cherchez un miroir. Vous cherchez un miroir ?
Parce que si vous cherchez un miroir, il faut qu’il soit clair que vous devez accepter qu’à un moment ou à un autre celui-ci se mette à parler. Et s’il parle, Mesdames et Messieurs, il faut tout de suite tenir compte qu’un jour ou l’autre il vous dira que vous n’êtes pas les plus beaux du royaume.
Parce que si je suis le miroir, je suis de l’autre côté. Je suis loin.
Ah, vous ne vous en étiez pas aperçus, vraiment ? Pourtant vous avez des yeux ! Mesdames et Messieurs, je suis sur la scène des dieux. Vous, vous ne pouvez pas y mettre le pied ! Vous ne pouvez pas monter jusqu’ici. Vous pouvez seulement regarder d’en bas et prendre au sérieux ce miracle qui fait que vous êtes vous-mêmes et non pas quelqu’un d’autre, et qu’il existe quelque chose que vous ne pouvez pas toucher. Et pourtant cela ne regarde justement que vous.
Vous ne pouvez pas monter sur la scène. Vous ne pouvez pas y monter un beau jour et de là invectiver les hommes, il ne vous reste plus que…

Polichinelle réapparaît :

On a frappé à la porte !
C’est ce que je disais, il ne vous reste plus qu’à agir !
Mais c’est moi qui ouvrirai.



LA MORT

Mais il ne fallait pas vous déranger, Mesdames et Messieurs, il ne fallait pas.
La voilà, la belle dame.
Celle-là je la connais. Je l’ai chez moi tous les jours, Mesdames et Messieurs. Elle est toujours là. Et savez-vous ce que je fais ?
Je lui dis : pourquoi donc ?
Vous voyez ? je recommence : et pourquoi donc ?
Pas de réponse ! Vous voyez ?
Et pourquoi viens-tu toujours chez moi ?
Elle ne répond pas, à chaque fois pareil. Je lui pose cette question et elle ne répond pas et elle se met en colère.
Il ne fallait pas te donner cette peine de me l’envoyer, vraiment il ne fallait pas.
Et vous tous, Mesdames et Messieurs, vous vous êtes donné bien de la peine pour rien. Il ne fallait pas vous déranger. Je la connais et je lui dis toujours, tu ne me mettras pas les pieds sur la tête !
Non, tu ne me feras pas courber la tête, non !
Et savez-vous ce que je vais faire maintenant, Mesdames et Messieurs ?! Je vais tout simplement faire un bon somme avec elle. À votre santé ! Ça va comme ça ? Et puis, Mesdames et Messieurs, si vous avez besoin d’un miroir, allez donc vous l’acheter !

(Il s’endort.)

 
Pulcinella scoperto a casa sua, è una performance per un attore scritta nel 1993. Rappresentata a Parigi lo stesso anno tradotta in francese, è stata ripresa nella versione originale in occasione della mostra La ricchezza all'Accademia di belle arti di Brera a Milano nel 1994.



Pulcinella scoperto a casa sua

Perché Pulcinella?

Pulcinella è arrogante. Pulcinella è una maschera e può dire la verità. Può infilarsi in mondi a noi chiusi, può pescare negli abissi, nelle acque torbide dove si annidano i sensi. Pulcinella è quella maschera che provoca terrore per quello che non dice. Pulcinella è comico, perché è terribile.
Pulcinella è la maschera nera su un uomo candido, bianco; è una pernacchia in faccia alla morte, è la caricatura del corpo inerme che mangiando e mangiando ancora vuole combattere la distruzione.
Pulcinella ha una gobba, ha un enorme ventre, Pulcinella ha il cervello nel ventre. Il centro è nelle sue funzioni corporali, la verità è tutta umorale, d'istinto. Pulcinella non ha prospettiva, Pulcinella guarda il mondo in faccia. Guarda e dice la verità. Pulcinella è vero.

In Pulcinella scoperto a casa sua non vi è più opera. Dell'opera è restata solamente la voce, e questa dice quello che nessun autore potrebbe dire. Esprime tutto ciò che viene dall'opera stessa, senza permettere alcuna intrusione da parte dello spettatore.
Pulcinella scoperto a casa sua non ha più alcuna forma, non conosce alcun linguaggio. Pulcinella dice brutalmente la verità, violenta il contenuto, lo getta fuori senza alcun rispetto.
La voce dell'opera parla senza ritegno e mostra il lato terribile del contenuto, la sua necessità, la sua mancanza. Pulcinella se ne va a dormire con la morte, perché appartiene al mondo dei démoni e sa che ritorneremo sempre a cercarlo. Mai potremo rinunciare a quella forza oscura che è in noi, a quel terrore che ci fa sentire vivi. Mai potremo rinunciare a ciò che chiamiamo contenuto e cerchiamo sempre nelle opere del mondo, nelle opere d'arte.

Non si può chiedere ad un attore di recitare Pulcinella. Me ne sono accorto a mie spese. La tradizione, che vuole che Pulcinella si nasca, è assolutamente vera.
La seconda edizione di Pulcinella, nella sua versione originale in italiano, è stata fatta (Pulcinella si può solo fare!) da Giovanna Luè.
Non si può recitare la verità, la verità è solamente vera e bisogna sentirla. Scrivere un testo per Pulcinella è dunque illusorio. Per Pulcinella si scrivono dei canovacci, perché colui che interpreta Pulcinella, o come si dice è posseduto da Pulcinella, deve interiorizzare il contenuto, per poi rigettarlo fuori.
Pulcinella ha una tradizione. Non è possibile riattivare questa maschera senza portarsi dietro tutta la tradizione che la abita. Pulcinella è nato nell'uovo, si dice a Napoli, per indicare quella superiorità che è divina e terrena allo stesso tempo. Anche la tradizione terrena quindi deve essere mantenuta.
Pulcinella ha frequentato molto l'arte. Uno dei suoi più grandi adepti è stato Gian Domenico Tiepolo. Una lunga serie di acqueforti illustra tutta la tradizione e la vita di Pulcinella, la sua distanza dagli uomini, la sua arroganza difronte al potere dominante; anche le sue morti, le sue sconfitte, e naturalmente le sue ripetute rinascite. A questa fonte mi sono riferito.

Non è opportuno riprodurre qui il canovaccio integrale della performance, bastano alcune delle frasi che sono state riassunte nel video e che ne propongono i temi principali. È molto più importante infatti immaginare il canovaccio figurandosi un Pulcinella che con voce sonora e in napoletano urla contro gli spettatori, che si interrompe, che ripete. Pulcinella è in effetti una maschera di strada che non sopporta gli spazi bui dei teatri. Pulcinella lo si incontra, non si va a teatro ad ascoltarlo.
Quest'opera senza opera è stata immaginata come un meccanismo che blocca lo spettatore e lo trattiene. Il pubblico arriva verso l'ora dell'inaugurazione e si accorge che in uno strano abitacolo dorme qualcuno. Divenuto il pubblico folto, Pulcinella si sveglia e lo trattiene, impedendo che chiunque lasci la sala.
Giovanna Luè, posseduta da Pulcinella, è riuscita a trattenere tutto il pubblico per quasi un'ora e mezzo, obbligandolo ad ascoltare tutto il testo fino in fondo.
La reazione del pubblico è stata quella dell'odio, il pubblico avrebbe voluto far scendere Pulcinella dal suo abitacolo per bastonarlo.
Non esistono repliche di Pulcinella, Pulcinella non può ripetersi, non sarebbe più vero. Giovanna Luè è stata posseduta una sola volta da Pulcinella.11
Sono passati sette anni da quando Pulcinella ha tentato di dire delle verità al proprio pubblico. Sapevo naturalmente che questo tentativo avrebbe provocato nel pubblico il sentimento dell'odio. L'atmosfera nell'ambiente culturale in quel periodo era pesante, chiunque era come stordito dalla crisi dell'economia e della cultura, che come previsto stava sconquassando tutto rendendo nulla ogni regola costituita.Penso oggi che questo Pulcinella abbia detto più verità al proprio autore (se di autore si può parlare quando si ha a che fare con una maschera di tale sorta), che non a quel pubblico che non aveva alcuna intenzione di ascoltare, ma che con una faccia di bronzo come non se ne sono più viste da allora, opponeva la forza dell'odio a qualunque tentativo venisse fatto per aprire delle strade nuove.
La mancanza totale di un qualunque tipo di forma in Pulcinella scoperto a casa sua è stata in effetti l'inizio di una nuova via che ha permesso all'autore di abbandonare gli stereotipi degli anni ottanta per poi pensare ad altre formeLa gobba e il ventre informe di questa maschera torbida eppure candida hanno prodotto, tramite la pernacchia liberatoria che è stata questa performance, l'energia lineare della costruzione.





Pulcinella scoperto a casa sua (estratti)22
Il video di questa performance è stato fatto per essere inserito in un’altra opera su e con Pulcinella Autoritratto da idiota 1994, Iago Gallery. Questo video si basa su degli estratti della performance di cui segue il testo. Su queste immagini due marionette di Pulcinella reinterpretano i gesti dell'attrice, mimandoli o contraddicendoli. I titoli e le scritte tra virgolette corrispondono a delle cesure intercalate tra le scene come in un film muto.



Pulcinella ha sempre fatto il giro del mondo, perché bisogna sapere tutto per conoscere gli uomini.
Ma da quando gli uomini hanno deciso anche loro di mettersi a fare il giro del mondo come pazzi, di occuparsi dell'universo intero invece di badare agli affari loro, da quel momento tutto si è svuotato, più niente.
Pulcinella ha deciso dunque di restare a casa sua, perché, così ci ha confidato, per conoscere la vita bisogna restare a casa propria!

Purtroppo la casa di Pulcinella però è stretta , stretta e popolata da ben troppe presenze. Presenze antiche, miti che gli uomini hanno scaricato a casa sua perché non sanno più che farne.

Il povero Pulcinella tenta invano di rivendere queste presenze agli uomini, perché, così dice, sono necessarie. Eppure la cosa non sembra interessare troppo:



Mi avete trovato allora, bravi! Bravi! Vi faccio un applauso. Io vi faccio l'applauso, non voi, io!
Intellettuali! Ma lei si spaventi, perché questa è una domanda, intellettuali siete?
Madonna mia che serietà! E tu un intellettuale lo sei!
Che parola, intellettuale, mi ci riempo la bocca, intellettuale.
[...]
E io a Londra di corsa, a farci entrare qualcosa in quelle teste dure. Mamma mia quanto erano dure, dure dure dure, 'na coccia!
Ma che m'avete preso per fesso. Vogliamo cominciare tutti quanti a girare come pazzi furiosi per il mondo? Vogliamo? E' un'altra domanda, Vogliamo?
Inganno, andateci voi in giro per il mondo, andateci!
Siete entrati? E adesso uscite! Andate, andateci voi per il mondo, andate fuori! E quello sta fermo. Vai fuori! Vai per il mondo! Tanto oramai, signori miei, quello tutto uguale è.
Invece di guardare agli affari loro, guardano all'universo intero. Tutti lì, signori miei, tutti lì! A guardare questo vuoto.
[...]
Niente, niente, niente! Non gli credevate! Ma perchè, perché? Boh? Perché dico la verità anch'io. Ma la verità delle parole, purtroppo non la verità vera. La verità delle parole, signori miei, quella che sta sempre a mezzo. Quella che sta al confine della parola. Quella che piace tanto al gioco delle vostre intelligenze: che dietro a una cosa ce ne sta un altra, e dietro quell'altra un'altra ancora, e dietro a quell'altra ancora, un'altra ancora e ancora, e dietro a quell'altra un'altra ancora, ancora, ancora, e dietro ancora, ancora, ancora! Ah, ma che bel gioco il gioco delle vostre intelligenze!



"Dico ..."
"Voi ..."
"Non è che ogni tanto uno sguardo un pochino tagliente ..."

IL SERPENTE E L'AQUILA (fedeli compagni di Zarathustra)

Perché questi signori miei, questi non se ne vanno. E tutto il tempo, senza pausa alcuna scrutano gli abissi. Guardano inamovibili in fondo ad ogni cosa!
E mica devono mangiare o bere, o fare quelle cose umane. Scrutano infallibili, senza vergogna, signori miei.
Neppure voi, neppure voi uno sguardo più tagliente?
E io in faccia a tutti quanti vi devo guardare. Niente!



"Ascolta ..."
"Neanche uno vuole sentirlo questo mondo fino a dentro le viscere? ..."

LE MUSE ( le nove ispiratrici)

Io mo stacco la spina, mo bello bello m'addormento, cado nel mondo dei sogni. E scivolo, scivolo ... e mo m'addormo ...
Zacchete! Eccole! Si sono svegliate! Perché io quando sono giù, nel vortice, e allora che faccio, che faccio? Arriva quella, la prima, e che mi fa fare? E devo cantare, signori miei! Neanche mi viene, ma devo cantare.
E poi ne arriva un'altra, e che devo fare? Devo ballare.
Ma ne arriva un'altra, che non è sufficiente. E che devo fare, eh? Che devo fare? Scrivere? Ecco, sì, scrivo, scrivo. Sì tanti fogli, mamma quanto, scrivo.
Ma non basta, ecco la quarta. E che vuole la quarta? Devo dipingere? Dipingere va bene. Dipingo. Uno, no? Due? E va bene due, ecco, due.
E signori miei, e quelle che fanno? Ve lo siete domandato?
E quelle belle belle se ne stanno lì, ridono, si divertono. Eh, come si divertono, se la spassano proprio. E poi, alla fine, quando sono proprio distrutto, loro m'accarezzano. Mamma mia, come m'accarezzano. E vanno giù eh, vanno giù e su e giù e su ... E sì che mi fanno sentire la forza, e questa sì che è una forza, la forza con cui la meraviglia del mondo si infrange, eccola l'onda, s'infrange sulle mie... Avanti con l'onda, avanti... S'infrange dove la meraviglia? S'infrange sulle mie povere ossa!



EURALIO la prima furia (le paure del corpo, della sessualità)

" ... il senso di colpa ... "
" ... bello, forte, sonoro ... "

Fiuta da lontano le colpe. Voi che siete arrivati in ritardo, stavo parlando di Euralio una furia. Fiuta da lontano le colpe. Signori miei, le colpe.
Se questa decide che voi siete le persone giuste, che vi fa fare? Eh, nel senso di colpa vi ci fa sguazzare, signori miei! Tutto vi fa fare! Madonna quanto, tutto, tutto, purché sentiate questo senso di colpa, forte, grande, gigantesco!
Ehi, ma non agitiamola troppo signori miei, che se no qui succede una strage.



STENO la seconda furia (le paure della vita sociale)

" ... cacare, cacare in testa a tutti ..."
"(la convivenza sociale)"

Allora signori miei, sarò preciso, semplice semplice.
Ognuno è nato come è nato!
[...]
E io sono furioso, e dove sto andando? Ma chi sono? Io voglio arrivare lì! E allora che faccio? Io caco! Caco, io caco in testa a tutti quanti! Io caco ... Perché io voglio arrivare lì.
Eccola, questa è la nostra seconda sorella furia, Steno.



MEDUSA la terza furia (le paure dello spirito)

" ... lo spirituale ... "
" ... ovvero il deserto ... "

E non è solamente faticoso, signori miei, è tremendamente deserto. Non c'è niente, niente.
Più giù ancora, non c'è niente. E quella, la nostra povera vittima, sa che è faticoso, che è deserto, ed è sola. Ma non è semplicemente sola, che quello è poco, é assolutamente responsabile, e mi è faticoso dirlo, è assolutamente responsabile di ciò che fa e dice!
[...]
E a sessant'anni che fai? Ti volti indietro!
Ed è lì che la nostra sorella furia, Medusa, ti frega. Ti frega, che ti rimane a te?
Sessant'anni, bello e arrivato, che fai? Ecco, il suicidio intellettuale! Ti rimane una monomania assoluta!
[...]
No! Io non ci sto, signori miei, io non ci sto!
Eh no! Io abito qui! Voi mi avete visto.
Giù le maschere, giù! Giù le maschere! Voi siete tutti dei falsi Pulcinella, solo io sono il vero Pulcinella!
Voi, voi mi volete uccidere, mi volete uccidere! Sì, mi volete uccidere, come l'altra volta, il plotone di esecuzione!
Ancora peggio, voi ancora più crudeli! Volete costringermi nella mia maschera! Stretto! Stilizzato! No, perché quella è la cosa peggiore, quando uno è il simbolo di se stesso!
No! No, io non ci sto! Io a mazzate vi prendo, a mazzate!
Io quella verità, nuda, cruda, quella che vi fa tanta paura, io la vado a dire ai quattro venti! Ecco, così gli dei dell'Olimpo s'incazzano. E poi che fanno, pim, pum ... Ecco, una bella catastrofina a fine secolo ci sta proprio bene, una bella catastrofe.

Pulcinella sparisce alla vista, la voce è amplificata:

Io sono Pulcinella, e voi siete gli uomini.
Uomini che per caso abitano questa città. Uomini che per caso sono venuti al mondo. Sono diventati adulti e abitano questa città. Tutta una serie di casi che non hanno senso.
Eh sì signori miei, non hanno senso. A meno che ...
E pure per quelli che se ne stanno andando!
A meno che ogni singolo caso, ogni singolo essere umano non abbia senso per se stesso. A meno che ogni singolo essere, con i suoi occhi fissi, con lo sguardo della sua intelligenza, non riesca a essere tagliente, non riesca a sezionare il mondo, e a dare senso alle cose che stanno fuori di lui.
Ma è semplice, è per questo che io sono Pulcinella e voi siete gli uomini.
E' per questo che io sono diverso da voi.
Siete voi che venite a vedere me, siete voi che cercate lo specchio. Cercate lo specchio?
Perché se cercate lo specchio, sia chiaro che dovete accettare che questo prima o poi parli. E se parla, signori miei, mettete subito in conto che un giorno o l'altro vi dirà che non siete i più belli del reame.
Perché se io sono lo specchio, io sono da un'altra parte. Io sono lontano.
Ah, non ve ne siete accorti, davvero? Eppure gli occhi ce li avete. Signori miei, io sono sul palcoscenico degli dei. Voi qui non ci potete mettere piede! Qua non potete salire. Potete solo guardare da là sotto e prendere per buono quello che da qua vi arriva. Dovete solo accettare, che dato il miracoloso caso che al mondo ci siete proprio voi e non qualcun altro, esiste qualcosa che non potete toccare. Eppure riguarda precisamente solo voi.
Voi sul palcoscenico non ci potete salire. Non potete un bel giorno salire qua e inveire contro gli uomini, non vi resta che ...

Pulcinella riappare:

Hanno bussato alla porta!
Dicevo, non vi resta che agire!
Mo io apro.



LA MORTE

Ma non dovevate disturbarvi, signori miei, non dovevate.
Eccola, la bella signora!
E io questa la conosco. Io ce l'ho qua tutti i giorni, signori. E' sempre qua questa. E sapete cosa faccio io?
Io le dico: e perché?
Vedete? Io ci riprovo: e perché?
Niente! Lo vedete?
E perchè vieni sempre da me?
Questa non risponde, tutte le volte. Io le faccio questa domanda e questa non risponde e si arrabbia.
Tu non ti dovevi disturbare, tu a mandarmela non ti dovevi disturbare.
E tutti quanti signori miei, avete fatto una fatica per niente. Non vi dovevate disturbare. Io questa la conosco e glielo dico sempre, tu i piedi in testa a me non ce li metti!
La testa non me la fai chinare, no!
E voi, sapete adesso che faccio? Signori miei! Io con questa mi ci faccio una bella dormita. Alla salute vostra! Va bene?
E poi signori miei, se avete bisogno di uno specchio andatevelo a comprare!

(dorme)

 
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