Rêve n°1

mars 1999 publié dans :
"Neuf Rêves écrits sur l'art; un caprice" B.Rüdiger, ed. Au même titre, Paris et Hopefulmonster, Torino
RÄUMEN11
Räumen : débarrasser, faire de la place, en allemand.
, 1991, installation au ridotto du Théâtre Verdi, Florence.
La salle d’exposition est vide. Les deux portes sont fermées par deux escaliers de bois qui vont en se rétrécissant. Arrivé en haut, on domine un énorme espace vide depuis ces deux structures qui s’avancent là comme des promontoires. Cela donne le vertige.



TOUTES SORTES D’ETRES GRAVISSENT LA MONTAGNE. D’ETRANGES PRESENCES, DES INCAS. ILS VOLENT A SOIXANTE CENTIMETRES DU SOL. ILS SONT RAIDES, TENDUS ET DROITS. CE SONT DES CORPS QUI SE CONTRAIGNENT DANS CETTE POSITION OU DES MOMIES. ILS PORTENT DES MASQUES D’OR, DE PEAU, D’ECORCE. A TOUT MOMENT ILS APPARAISSENT SILENCIEUSEMENT DANS SON DOS ET LE SUIVENT. IL N’ENTEND PAS DE BRUIT MAIS IL S’APERÇOIT QU’IL EST SUIVI PAR L’UN D’ENTRE EUX QUI PORTE UN MASQUE D’ECORCE. CELUI-CI EST SUSPENDU DERRIERE LUI ET NE SEMBLE EN RIEN DERANGE PAR LE FAIT QU’IL A REMARQUE SA PRESENCE. PRIS DE PEUR, IL COMMENCE A COURIR POUR REDESCENDRE LA MONTAGNE MAIS L’AUTRE REAPPARAIT DERRIERE LUI. IL ARRIVE EN VILLE, IL COURT CHEZ LUI. IL ENTRE PAR LA GRANDE PORTE VITREE, ET LE TYPE EST ENCORE DERRIERE LUI. IL MONTE DANS L’ASCENSEUR. PUIS IL MONTE PLUS HAUT ENCORE PAR LES ESCALIERS. L’AUTRE EST TOUJOURS LA.
IL Y A UNE PETITE PORTE, EXTREMEMENT BASSE, IL ARRIVE A S’Y GLISSER QUAND MEME ; ELLE DONNE SUR LES ESCALIERS QUI MENENT A LA TERRASSE, SUR LE TOIT. AU MOMENT OU IL S’Y GLISSE IL VOIT ENCORE SES PIEDS DE PARCHEMIN. ILS SONT VIDES. C’EST UNE MOMIE ! ELLE NE PEUT PAS SE PLIER. ELLE LE REJOINT MALGRE TOUT SUR LA TERRASSE. EPUISE, IL S’ASSOIT SUR LE REBORD ET ATTEND DE SAVOIR CE QUE CETTE MOMIE LUI VEUT. L’INCA S’EST MIS A PARLER. IL PARLE D’UN TON INSINUANT ET INSIDIEUX. IL LUI OFFRE SA PROTECTION, SON APPUI ; IL VEUT LE CONVAINCRE DE FAIRE PARTIE DES SIENS, IL INSISTE DE TOUTES LES MANIERES POSSIBLES. LUI, CEPENDANT, RESTE APPUYE AU PARAPET ET, EN ECARTANT LES BRAS, IL SOULEVE L’IMMEUBLE ET LE FAIT VOLER. IL VA SE COGNER A DROITE ET A GAUCHE, REBONDIT, PUIS IL SURVOLE LA VILLE. EN DEPIT DE TOUTES CES VIREVOLTES, L’INCA FLOTTE TOUJOURS HIERATIQUEMENT DANS L’AIR, IL INSISTE ET N’ABANDONNE PAS, IL CONTINUE. LUI SE LEVE, ATTRAPE LA MOMIE PAR SON MASQUE ET LA JETTE A TERRE. ELLE SE CASSE EN MILLE MORCEAUX. IL JETTE LE TOUT DANS LES TOILETTES ET TIRE LA CHASSE. IL PENSE - “PAS D’AUTRE MOYEN POUR S’EN DEBARRASSER” - IL SE SENT SOULAGE. IL PENSE - “QUAND JE ME REVEILLERAI IL FAUDRA QUE JE NOTE : JE SUIS MALADE A CAUSE D’UN MANQUE DE…” IL NE TROUVE PAS LE MOT… DE SALA, NON DE SOLA, NON DE… IL N’ARRIVE PAS A SE SOUVENIR DU MOT.
(IL SE REVEILLE MAIS SANS RETROUVER LE MOT. IL OUVRE LE LIVRE DE DAUMAL ET LE RETROUVE. SCALA22
Échelle (au propre comme au figuré) mais aussi singulier de scale (escaliers) (n.d.t).
. )







"Après avoir passé en revue les mythes les plus connus, j’en vins à des considérations générales sur les symboles que je classai en deux genres : ceux qui sont soumis seulement à des règles de proportions, et ceux qui, de plus, sont soumis à des règles d’échelle. (…) La proportion concerne les rapports entre les dimensions du monument, l’échelle le rapport qui existe entre ces dimensions et celles du corps humain.”33
Ce passage est cité en appendice du roman inachevé de René Daumal (1944).


Le Mont Analogue ; roman d’aventures alpines non euclidiennes et authentiquement symboliques est effectivement un roman crypté, si chargé d’imagination et si peu révérencieux envers la pensée convenable de l’intellectuel occidental, qu’il peut agiter jusqu’à l’imagination d’un artiste. En quoi une phrase aussi normale, qui sonne comme un paragraphe d’un livre de cuisine, peut-elle faire tant d’effet ? Dans les journées qui ont suivi ce rêve, je me suis repris plusieurs fois à raconter cette apparition, mais une fois arrivé à la fin de mon récit, je n’ai jamais réussi à me souvenir de ce mot “échelle” qui est cependant très simple.

L’idée d’échelle doit naturellement s’entendre en relation avec le seul instrument choisi par René Daumal pour servir de guide dans l’ascension de ce mont “parallèle”, c’est-à-dire la pensée analogique. Dans ce sens, “analogue” indique la correspondance, ce qui est à la mesure de l’homme. Si l’homme est au pied de la montagne, il n’en voit pas le sommet et il peut se tromper sur la hauteur de cette montagne. Ce n’est qu’en l’ascensionnant, en se trouvant en correspondance avec le seul sommet qu’il peut percevoir cette altitude.44
L’image à laquelle se réfère René Daumal pour décrire le Mont Analogue est celle de la montagne mythique de l’Inde védique, le Mont Meru. La montagne mythique donne sa forme aux monuments funéraires ou temples-montagnes de l’Inde, de la Birmanie, du Cambodge et de Java. Leur toit, ou la stupa centrale du monument, est composé parfois d’innombrables anneaux dorés de dimensions et d’épaisseurs différentes qui, par leur superposition, forment une pointe qui indique le ciel, laissant qui s’en approche dans l’impossibilité d’en définir la hauteur. Ces temples sont “analogues” en ce sens qu’ils rendent visibles un concept philosophico-théologique, mais surtout parce qu’ils ne permettent pas d’autre approche au croyant si ce n’est celle de l’“échelle”.

Ainsi une chose est analogue à une autre quand, entre les deux, on trouve une correspondance dans l’origine du regard lequel, en se dirigeant d’un point à l’autre, peut en établir le rapport. Nous sommes ainsi auteurs de tout regard sur le monde et nous assumons à nos risques et périls la responsabilité d’en définir la mesure.

Faire de la perception l’unique mesure de notre voir veut dire ne pas connaître ce qui n’est pas visible, c’est-à-dire vivre dans un présent continu, où regarder est une action qui se renouvelle constamment. Infini ne signifie pas plus lointain, c’est-à-dire au-delà de la vue, inaccessible par l’expérience mais connu par définition. L’infini devient ainsi ce qui n’est pas encore perçu, c’est-à-dire ce qui est inconnu mais qu’il y a à connaître. Cette différence est essentielle parce qu’elle nie la possibilité de se faire une idée de l’univers, d’en établir un modèle, d’en donner une mesure. La pensée analogue exclut de ce fait un espace toujours égal, qui peut être répété à l’infini, une conception euclidienne de ce qui existe.55
Euclidien au sens d’un espace tridimensionnel qui est mesurable et qui, multiplié à l’infini, donne une mesure de l’univers.



Accepter l’échelle comme mesure du monde, cela veut dire renoncer à la prévisibilité, aux calculs de probabilité, à la position confortable de celui qui observe discrètement à vol d’oiseau.
La chose est loin d’être sans importance et pas seulement parce que, sans même se fatiguer à nous le dire, Daumal nie toute la pensée chrétienne de l’avenir (qu’est-ce que l’Occident sans l’idée du futur ?), mais surtout parce qu’il met en doute l’idée que jusqu’alors nous nous étions faite de l’abstrait, de sa construction, du fait qu’il était inévitablement lié à l’existence d’un autre lieu. Qu’est-ce que l’abstrait si un modèle n’est plus imaginable ?

Avant d’en faire l’expérience autour des temples grecs, il m’avait toujours semblé que l’abstrait ne pouvait être qu’associé à ce qui est de l’ordre du projet, à quelque chose qui - dès son origine obscure dans notre imagination - soit capable de produire une construction telle qu’on puisse l’imaginer dans un lieu blanc ou futur. L’idée de système, de construction, de processus logique, m’a toujours paru indissociable de l’idée de l’abstrait, qu’il s’agisse des peintures d’Albers, des machines de Tatline ou des méthodes de Kosuth. Maintenant c’est à proprement parler un certain type d’abstraction et de projet que me propose la momie au masque d’écorce. C’est une vision du monde, à vol d’oiseau, un regard qui tient à distance ce qui existe, une vision rassurante qui n’implique pas ma personne. Au lieu de cela, même si je suis impressionné, je ne parais absolument pas douter et je ne cède pas. Je jette le tout dans les toilettes et je tire la chasse.
Je peux survoler le monde et le définir sans le vivre, en partant du présupposé que de toute manière il existe. Je peux engendrer une image sans en être le centre, en partant du présupposé que les images existent.
Comme On Kawara ou comme Morandi, je peux m’imposer des règles qui conditionnent ma vie et qui par l’ampleur du renoncement démontrent, comme l’ont toujours fait les mystiques, l’immensité du monde, le mystère de la vie. Mais cela aussi est le fruit de l’expérience vécue et constante de la vie. Comme toute personne en bonne santé mentale, je ne peux pas penser sérieusement me tenir à l’écart du monde et faire moins que l’expérimenter.
Je regarde le monde parce qu’il est autre que moi, je le pense parce qu’il est différent, je le façonne parce qu’il m’est hostile. Un projet quelconque, une idée quelconque ne peut faire autrement que d’exister justement grâce à tout ce qui n’est pas moi.
“L’échelle” est donc la relation entre moi qui regarde (ma propre personne physique), et l’objet de mon regard, le monde. Cette extériorité de l’un pour l’autre se ressent dans l’acte de percevoir, dans le fait de nous approprier, de rendre analogues à notre mode d’être des structures qui nous sont étrangères. L’expérience réside justement dans cette extériorité, dans l’interprétation, dans le fait de traduire une structure, de transformer en langage quelque chose qui est obscur, indéchiffrable.
Peut-être que l’analogie, cette méthode que Daumal privilégie pour jeter un pont entre le sujet et l’universel, me permet de redonner une signification au concept d’abstrait, bien qu’une idée de futur, idéologique et social, comme on en a produit durant les derniers deux cents ans, ne soit désormais plus possible. Si la perte des idéologies est due à la perte du concept d’avenir, il n’est pas dit que l’art y soit si strictement mêlé qu’il ne puisse pas s’en libérer. L’art peut, au contraire, être porteur d’un temps nouveau dans lequel il sera possible de produire une image qui, dans une relation de type analogique, existe à proprement parler sur la base d’un point de vue (celui du spectateur), lequel à chaque nouveau regard se réapproprie la distance entre l’image et le monde à laquelle celle-ci ressemble.

J’ai construit deux escaliers pour regarder dans le vide, pour arrêter mon regard à cet horizon intérieur que le regard lui-même produit. J’ai regardé dans l’œil de Dionysos et dans l’abîme qui s’ouvre au-dessous de moi, je vois nettement distincte et ardente la force des avant-gardes dont je descends. Je vois que la perception est action, qu’elle vit donc dans un temps présent où le regard est un acte de responsabilité.

Traduction Henr1-Alexis Baatsch



 
RÄUMEN11
Räumen: in tedesco, fare spazio, fare ordine.
, 1991, installazione al ridotto del Teatro Verdi, Firenze.
La sala espositiva è vuota. Le due porte sono chiuse da due scale in legno che si stringono verso l'alto. Una volta saliti si domina un enorme spazio vuoto da due strutture, che come promontori, ci espongono alla vertigine.


Incubo n.1

TUTTI OGGI RISALGONO LA MONTAGNA. STRANE PRESENZE INCA VOLANO A SESSANTA CENTIMETRI DA TERRA. SONO RIGIDI IN POSIZIONE ERETTA, TESI. CORPI COSTRETTI IN QUELLA POSIZIONE, O MUMMIE. HANNO MASCHERE D'ORO, DI PELLE, DI CORTECCIA. OGNI TANTO COMPAIONO IN SILENZIO ALLE SUE SPALLE E LO SEGUONO. NON SENTE RUMORE MA SI ACCORGE DI ESSERE SEGUITO DA UNO DI LORO DALLA MASCHERA DI CORTECCIA. E SOSPESO DIETRO DI LUI FISSO E NON SEMBRA PER NULLA INFASTIDITO DAL FATTO CHE LUI SE NE SIA ACCORTO. IMPAURITO COMINCIA A CORRERE GIU PER LA MONTAGNA, MA GLI RICOMPARE DIETRO. ARRIVA IN CITTA, CORRE VERSO CASA. ENTRA NEL PORTONE A VETRI, QUELLO E ANCORA DIETRO DI LUI. SALE IN ASCENSORE. POI ANCORA PIU IN ALTO PER LE SCALE. GLI E ANCORA DIETRO. C'E UNA PORTICINA, BASSISSIMA, DOVE ENTRA A FATICA; DA SULLE SCALE CHE PORTANO AL TERRAZZO SUL TETTO. SCIVOLANDO DENTRO VEDE ANCORA I SUOI PIEDI DI CARTAPECORA. SONO VUOTI. E UNA MUMMIA! NON PUO PIEGARSI. INVECE LA MUMMIA LO RAGGIUNGE SUL TERRAZZO. LUI SI SIEDE ESAUSTO AL BORDO DEL TERRAZZO E ASPETTA DI SAPERE COSA VOGLIA. L'INCA SI E MESSO A PARLARE. E INSINUANTE ED INSIDIOSO. GLI OFFRE PROTEZIONE, APPOGGIO. VUOLE CONVINCERLO A FAR PARTE DEI SUOI. INSISTE IN TUTTI I MODI. GLI OFFRE LA VISIONE DALL'ALTO. EGLI PERO RESTA APPOGGIATO AL PARAPETTO CON LE BRACCIA ALLARGATE E SOLLEVANDO TUTTO IL PALAZZO LO FA VOLARE. VA A SBATTERE A DESTRA E A SINISTRA, RIMBALZA, POI SORVOLA LA CITTA. NONOSTANTE LE GIRAVOLTE, L'INCA FLUTTUA ANCORA NELL'ARIA IERATICO E INSISTE, NON SI ARRENDE, CONTINUA. LUI SI ALZA, AFFERRA LA MUMMIA PER LA MASCHERA E LA SCARAVENTA A TERRA. VA IN FRANTUMI, IN MILLE PEZZI. BUTTA TUTTO IN UNO SCARICO E TIRA. PENSA, -ALTRIMENTI NON CI SE NE LIBERA- ED E SOLLEVATO. PENSA, -QUANDO MI SVEGLIO DEVO ANNOTARE: SONO MALATO PER MANCANZA DI ... NON GLI VIENE LA PAROLA. DI SALA, NO DI SOLA, NO DI... NON RIESCE A RICORDARE LA PAROLA.
(SI SVEGLIA MA SENZA RITROVARE LA PAROLA. APRE IL LIBRO DI DAUMAL E RITROVA LA PAROLA: SCALA.)


"Dopo aver passato in rassegna mitologie più conosciute, venivo a considerazioni generali sui simboli, che ordinavo in due classi: quelli che soggiacciono soltanto a regole di proporzione e quelli che, in più, soggiacciono a regole di scala. (...) la proporzione concerne i rapporti tra le dimensioni del monumento, la scala il rapporto tra queste dimensioni e quelle del corpo umano".22
La citazione è tratta dagli appunti in appendice al romanzo incompiuto di René Daumal, (1944).



"Il Monte Analogo; romanzo d'avventure alpine non euclidee e simbolicamente autentiche" é effettivamente un romanzo criptico, carico di fantasia e così irriverente al ben pensare dell'intellettuale occidentale, da agitare persino la fantasia di un artista. Può una frase così normale però, da non distinguerla da un ricettario, essere sconvolgente?
Nei giorni che hanno seguito questo sogno, mi sono ritrovato più volte a narrarne l'apparizione, ma una volta giunto alla fine del racconto non sono riuscito mai a ricordare la parola "scala", che pure è semplicissima.

L'idea di scala va naturalmente intesa in rapporto a quell'unico strumento scelto da René Daumal come guida per l'ascesa di questo monte parallelo, e cioé il pensiero analogo. Infatti analogo ha qui il senso di corrispondente, di commisurato all'uomo, per cui tutto è all'altezza della misura dell'uomo. Se l'uomo è alla base della montagna, non ne vede la vetta e può sbagliarsi sull'altezza del monte. Solo salendo e trovandosi in corrispondenza con la vetta unica la si può percepire.33
L’immagine a cui si riferisce René Daumal per descrivere il monte analogo è quella della montagna mitica dell’India brahmanica il monte Meru. È questo monte mitico che dà la forma ai monumenti funebri o a quei templi-montagna indù, birmani, cambogiani e giavanesi. Il loro tetto, la stupa centrale del monumento, è composto a volte da innumerevoli anelli dorati di dimensione e spessore differenti, e che l’uno sopra all’altro formano una punta che indica il cielo, lasciando chi si avvicina nell’impossibilità di definirne l’altezza. Questi templi sono “analogici” in quanto rendono visibile un concetto filosofico-teologico, ma soprattutto perché non permettono un altro approccio al credente, se non quello della “scala”.

Così una cosa è analoga ad un'altra quando entrambe trovano corrispondenza nell'origine dello sguardo, che dirigendosi da un punto all'altro può stabilirne il rapporto. Siamo dunque soggetto d'ogni sguardo sul mondo e assumiamo a nostro rischio la responsabilità di definirne il metro.

Elevare l'azione del percepire a misura unica del nostro vedere vuol dire non conoscere ciò che non è visibile, cioé vivere in un presente continuo dove guardare è un'azione che sempre si rinnova. Infinito non significa più lontano, cioè fuori dalla vista, inafferrabile per esperienza, ma conosciuto per definizione. Infinito diventa ciò che non è ancora percepito, cioè sconosciuto, da conoscere. La differenza è sostanziale perché nega la possibilità di farsi un'idea dell'universo, di stabilirne un modello, di darne una misura. Il pensiero analogico esclude quindi uno spazio sempre uguale, ripetibile all'infinito, una concezione euclidea dell'esistente.44
Euclideo nel senso di uno spazio tridimensionale che è misurabile e che moltiplicato all'infinito fornisce una misura dell'universo.


Accettare la scala come rapporto al mondo vuol dire rinunciare alla prevedibilità, ai calcoli di probabilità, alla comoda posizione dell'osservatore discreto che guarda a volo d'uccello.
La cosa non è da poco, non solo perché, senza neanche affaticarsi a dircelo, Daumal nega tutto il pensiero cristiano dell'Avvenire (che cosa è l'Occidente senza l'idea di futuro?), ma soprattutto perché mette in dubbio l'idea che finora ci eravamo fatti dell'astratto, della sua costruzione, del suo essere inevitabilmente legato ad un luogo altro. Che cosa è astratto se un modello non è più immaginabile?

Prima di fare l'esperienza attorno ai templi greci, mi era sempre sembrato che astratto non potesse che essere associato a ciò che è progettuale, a qualcosa cioé che dall'origine oscura della nostra fantasia potesse produrre una costruzione siffatta da poterla immaginare in un luogo bianco o futuro.
Le idee di sistema, di costruzione, di logico mi sono sempre sembrate indissociabili dall'idea di astratto, dalle pitture di Albers, dalle macchine di Tatlin, dai metodi di Kosuth.
Ora, è proprio un certo tipo di astrazione e di progetto che mi propone la mummia dalla maschera di corteccia. Una visione del mondo a volo d'uccello, uno sguardo che tiene a distanza l'esistente, una visione rassicurante che non coinvolge la mia persona. Eppure, anche se impressionato, non sembro affatto dubitare e non cedo. Butto tutto in uno scarico e tiro!
Posso sorvolare il mondo e definirlo senza viverlo, partendo dal presupposto che comunque esiste? Posso generare un'immagine senza esserne il centro, partendo dal presupposto che delle immagini esistono?
Come On Kawara, o come Morandi, posso impormi delle regole che condizionano la mia vita e che per l'ampiezza della rinuncia dimostrano, come hanno sempre fatto i mistici, l'enormità del mondo, il mistero della vita. Ma anche questo è frutto dell'esperienza viva e continua della vita. Come ogni persona sana di mente non posso seriamente pensare di stare a distanza dal mondo, facendo a meno dell'esperienza.
Guardo il mondo perché è altro da me, lo penso perché è diverso, lo plasmo perché mi è ostile. Un qualsiasi progetto, una qualsiasi idea non possono che esistere, grazie a tutto ciò che non è me stesso.
La "scala" è dunque la relazione tra me che guardo (la mia statura), e l'oggetto del mio sguardo, il mondo. Questa estraneità trova un punto d'incontro nell'azione del percepire; nel far proprie, nel rendere analoghe ad un nostro modo di essere delle strutture che sono a noi estrane. L'esperienza è proprio in questa estraneità, nell'interpretare, nel tradurre una struttura, nel trasformare in linguaggio qualche cosa che è oscuro, indecifrabile.

Forse l'analogia, metodo privilegiato da Daumal per gettare un ponte tra il soggettivo e l'universale, mi permette di ritrovare un significato per il concetto di astratto, nonostante che un'idea di futuro, ideologica e sociale, come è stata prodotta negli ultimi duecento anni, non sia più possibile ormai. Se la perdita delle ideologie è dovuta alla perdita del concetto di futuro, non è detto che l'arte in essa si trovi così strettamente imbrigliata da non potersene liberare. L'arte potrebbe essere invece portatrice di un tempo nuovo in cui sarà possibile produrre un'immagine che, in una relazione di tipo analogico, esiste proprio sulla base di un punto di vista (quello dello spettatore), il quale ad ogni nuovo sguardo si riappropria della distanza tra l'immagine e il mondo a cui essa somiglia.

Ho costruito due scale per guardare nel vuoto, per fermare il mio sguardo su quell'orizzonte interno che lo sguardo stesso produce. Ho guardato nell'occhio di Dioniso e nella voragine che mi si è aperta sotto vedo distinta e ardente la forza delle avanguardie da cui discendo. Vedo che la percezione è azione e vive dunque in un tempo presente dove lo sguardo è un atto di responsabilità.











 
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