exception

juin 1997 publié dans :
Art dans la Ville ; Les Nouveaux Commerces, éd. DRAC Haute-Normandie, 1997

Ce texte a été écrit pour un livret destiné au public de la Ville de Val-de-Reuil. Ce livret accompagnait l’exposition réalisée dans un commerce à l’abandon donnant sur la dalle piétonne dans le cadre de l’Art dans la Ville, Les Nouveaux Commerces en avril 1997. Le texte introduisait à la transcription des œuvres théâtrales diffusées par haut-parleur dans la ville et le commerce, d’après le Prométhée enchaîné d’Eschyle, le Macbeth de Shakespeare et La Nuit de Walpurgis du Faust de Goethe.11
Ce texte est paru dans le catalogue Art dans la Ville ; Les Nouveaux Commerces, éd. DRAC Haute-Normandie, 1997, où figurait aussi un deuxième texte : “Le nouveau commerce ; réflexion sur un nouveau contrat entre l’art et la collectivité”




exception

Un commerce, depuis longtemps inoccupé est habité momentanément par trois constructions en métal, lumineuses et agressives. Ce sont trois “modèles” d’architecture.
Un caisson lumineux dans la rue nous indique la nature de ce commerce : “exception ; les nouveaux commerces, art dans la ville”.
Dans la rue et dans le commerce, nous entendons des voix qui récitent des textes, parlant d’actions inhabituelles et mythiques.

Dans le commerce, des objets ont été pensés par une personne à laquelle notre société confie le rôle d’artiste, le rôle de créer des artifices, de montrer à travers l’apparence, la vision de la profondeur et de l’étendue de notre vie.
L’artifice de l’art se réalise par des objets matériels. La création est l’action de la construction. Ces objets ont été produits en collaboration avec les habitants de la ville.

Une exception à la règle, ce commerce ne vend rien, mais expose des choses.
Ces objets sont des “modèles”, des maquettes de trois architectures idéales, utopiques. L’homme ne construit pas strictement par besoin matériel, mais aussi dans un souci de représentation. Une construction symbolique est constituée de formes abstraites. Elle circonscrit un espace, qui devient un lieu réel ou imaginaire. Élever cet espace en trois dimensions signifie le concevoir à la mesure de l’homme, à la mesure de ses idées, de son corps, de ses gestes.
Ces modèles s’opposent à l’urbanisme de Val-de-Reuil, fonctionnel et économique. Ils nous transposent, à travers des voix qui récitent des mythes, dans des espaces mentaux et intemporels.

La Nuit de Walpurgis, la Prophétie des Sorcières et le meurtre de Duncan - les protestations de Prométhée enchaîné : ces trois textes de théâtre pur ont entre eux un lien très fort qui s’impose à moi : ils sont au paroxysme de l’action dans ces pièces de Goethe, Shakespeare et Eschyle. Ils sont le point nodal où l’homme rencontre ce qui le dépasse, où l’homme s’interroge sur sa place dans le monde et sur sa capacité à intervenir sur son propre destin.

Dans les extraits de ces trois tragédies classiques que je fais lire et dire autour de mon dispositif sculptural, j’ai moi aussi concentré ces trois actions pour essayer d’en faire saisir l’essentiel. J’ai réduit le nombre de personnages pour ne conserver que l’action majeure.

En apparence, la tragédie mythique et les personnages exceptionnels de Faust et de Macbeth n’ont pas grand chose à faire avec les circulations de la ville contemporaine. Dirai-je que chacun d’entre nous est sans le savoir plongé dans des situations aussi fortes, confronté à un destin aussi inexorable ? Non. Plus simplement : en faisant dire ces textes à des personnes d’aujourd’hui, qui sont bien loin d’être des professionnels du théâtre, je les fais participer à une dimension de la culture qui est son aspect le plus fort et le plus vivace. Elle s’adresse au quotidien, elle est ce quotidien caché des grandes questions sur le sens de notre vie et de notre présence active parmi les hommes, dont nous ne parlons guère ouvertement que dans les grandes épreuves, mais que nous portons en nous. Chacun passe et transite de par le monde et de par la vie, s’interrogeant sur ce qu’il est, sur la manière dont il peut influencer sa vie, sur la maîtrise qu’il a des connaissances et du sens des choses dont il a besoin. Ce n’est pas parce que les relations publiques, d’habitude, par une sorte de pudeur ou d’obscénité, nous font préférer nous fuir nous-mêmes dans le verbiage et dans le badinage, dans le divertissement, voire la grossièreté, que ces réalités majeures porteuses d’inquiétude et de questions sans réponses définitives, mais en tout cas formulées et reformulées par toutes les générations d’hommes, ont disparu. En faisant dire ces paroles classiques qui portent peut-être le plus fortement dans notre culture la question de l’identité humaine, je pense élever chacun de nous dans son quotidien - dans les pas qui le mènent de la maison à l’école ou au travail, de la boutique à la rue - à la conscience qu’il vit aussi dans un monde de culture, où le fait que d’autres ont déjà exprimé avec une profondeur incomparable le conflit que chacun a avec sa nature, ses tâches, son destin, ses semblables, son temps, lui apporte un appui, un repère inattendu. À ce moment, la culture devient l’objet d’un dialogue entre les vies de tous, d’une circulation réactivée entre les personnes. L’art n’est pas un domaine réservé à une élite spécialement formée qui célébrerait ses rites incompréhensibles pour se conforter elle-même. L’art est là pour faciliter la compréhension du sens, pour donner des repères communs, être utile à l’existence des hommes en enrichissant le monde de chacun. Et c’est bien aussi mon intention d’artiste contemporain quand j’établis un dialogue devant tous les gens de la ville entre mes propres propositions artistiques et des textes majeurs qui sont devenus une partie de ma culture la plus profonde dans mes pensées et dans mes actions.


Traduction Henry-Alexis Baatsch


 


Il testo seguente è stato scritto per un libretto all'attenzione del pubblico della città di Val-de-Reuil. Esso accompagnava la mostra organizzata in un negozio in disuso nella zona pedonale della città, nell'ambito del progetto Art dans la Ville, Les nouveaux commerces nel mese di aprile del 1997. Il testo introduceva alle trascrizioni delle opere teatrali diffuse da altoparlanti nella città e nel negozio, trascrizioni tratte dal Prometeo incatenato di Eschilo, dal Macbeth di Shakespeare e dalla Notte di Valpurga del Faust di Goethe.11
Questo stesso testo è stato pubblicato nel catalogo Art dans la Ville; Les Nouveaux Commerces, ed. DRAC Haut-Normandie, 1997, in cui figurava anche un secondo testo: "Un nuovo commercio, riflessione per un nuovo contratto tra arte e collettività".




eccezione

Un negozio abbandonato ormai da tempo è abitato momentaneamente da tre costruzioni in metallo, luminose e aggressive. Si tratta di tre "modelli" d'architettura. Un'insegna luminosa sulla strada ci indica la natura di questo commercio: "eccezione; nuovi commerci, arte nella città".
Si sentono delle voci sulla strada e nel negozio che recitano dei testi i quali parlano di azioni inusitate e mitiche.

In questo negozio si trovano degli oggetti che sono stati pensati da una persona alla quale la società affida il ruolo d'artista, cioé quello di creare artifici, di fare apparire la profondità e la vastità della vita.
L'artificio dell'arte si manifesta attraverso degli oggetti materiali. La creazione è l'azione della costruzione. Gli oggetti in questo negozio sono stati prodotti in collaborazione con gli abitanti della città.

Eccezione alla regola, questo negozio non vende nulla, ma mostra delle cose.
Questi oggetti sono dei "modelli" di tre architetture ideali, utopiche. L'uomo non costruisce solamente per rispondere ad un bisogno materiale, ma lo fa anche con l'intenzione di rappresentare. Una costruzione simbolica è fatta di forme, che astratte circoscrivono uno spazio. Questo diventa un luogo reale o anche immaginario. Costruire questo spazio in tre dimensioni significa concepirlo a misura d'uomo, a misura delle sue idee, del suo corpo, dei suoi gesti.
Questi modelli si oppongono all'urbanistica della città di Val-de-Reuil, che è funzionale ed economica. Questi tre modelli ci trasportano attraverso le voci che recitano miti antichi in uno spazio mentale e atemporale.

La notte di Valpurga, la profezia delle strege e l'omicidio di Duncan, il rifiuto del Prometeo incatenato: queste tre opere teatrali sono unite da un legame molto forte ed evidente. Questi testi classici mostrano l'azione per eccellenza, nel suo stato di assoluta realtà in cui Goethe, Shakespeare e Eschilo l'avevano colta. Sono quel punto nodale in cui l'uomo incontra ciò che lo sovrasta e si interroga su quale sia il suo posto nel mondo e quale possa essere la propria capacità di intervenire sul destino.

Ho messo a punto gli estratti di queste tre tragedie classiche, che faccio intervenire acusticamente intorno al mio dispositivo plastico, intorno all'azione principale, affinché se ne possa percepire l'essenziale. Ho quindi ridotto il numero dei personaggi necessari.

In apparenza, la tragedia mitica e i personaggi eccezionali di Faust e Macbeth non hanno nulla a vedere con il funzionamento di una città contemporanea. Certo non voglio sottintendere che ognuno di noi potrebbe ritrovarsi imbrigliato a sua insaputa in una situazione così forte, messo a confronto con un destino così inesorabile. Più semplicemente penso che facendo dire questi testi a delle persone di oggi, che ben poco hanno a che vedere con i professionisti del teatro, li faccio partecipi di una dimensione della cultura, nel suo aspetto più forte e vivace. Questa cultura interpella il quotidiano, quotidiano sommerso, quello delle grandi questioni sul senso della vita e sulla nostra presenza attiva tra gli uomini. Questioni di cui non si parla apertamente se non in quei momenti che sono le grandi prove della vita, anche se ognuno le tiene celate nel più profondo di se stesso. Ognuno passa attraverso la vita e transita per il mondo interrogandosi su ciò che è, sul modo in cui può influenzare l'esistenza, sul come gestire la conoscenza e il senso delle cose di cui ha bisogno. Anche se le relazioni sociali, per un certo loro senso del pudore o dello scandalo, ci invitano a fuggire nella superficialità e nella chiacchiera, nel divertimento grossolano, non vuol dire che queste realtà portatrici d'inquietudine e di domande senza risposte definitive, ma comunque formulate, e da tutte le generazioni umane riformulate, siano sparite. Facendo interpretare queste parole classiche, che sono forse quelle che con più forza propongono nella nostra cultura la questione dell'identità umana, vorrei valorizzare ognuno di noi nel suo rapporto con il quotidiano, nelle azioni che da casa ci portano a scuola o al lavoro, dal negozio alla strada. Vorrei portare ognuno alla coscienza di vivere un mondo che è culturale, dove il fatto che altri abbiano già espresso con una profondità incomparabile il conflitto che ognuno vive nel rapporto con la propria natura, con i propri doveri, con il proprio destino, con i propri simili, con il proprio tempo, diventi un appoggio, un punto di riferimento inatteso. Vista così la cultura è un dialogo tra le vite di tutti, un'attività che circola e si riattiva tra le persone. L'arte non è un dominio riservato a un élite specialmente formata che celebra i suoi riti incomprensibili confrontandosi solamente con se stessa. L'arte serve a facilitare la comprensione del senso, serve a definire dei punti di riferimento che siano comuni, serve all'esistenza degli uomini arricchendo il mondo di ognuno. Ed è questa la mia intenzione quando, nel ruolo dell'artista contemporaneo, instauro davanti a tutta la città un dialogo che si svolge tra le mie proprie proposizioni artistiche e alcuni testi maggiori, che sono diventati una parte della mia cultura profondamente radicata nei miei pensieri e nelle mie azioni. 
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